Lire et grandir : ces livres de notre enfance qui nous construisent

Le livre est partout. Et pourtant, seuls 56% des enfants lisent au moins une fois par semaine et 14% ne lisent jamais (source : Opinion Ways). Lire et grandir : intéressons-nous aujourd’hui aux livres dédiés à l’enfance et aux impacts que ceux-ci peuvent avoir sur leur développement. Lorsque votre enfant lit ou feuillette tout simplement un livre, il peut se faire des représentations dans lesquelles ses émotions, ses ressentis peuvent jouer un rôle au moment présent mais aussi bien des années plus tard… En ce sens, pour certains ouvrages (et pas forcément en raison de leurs qualités littéraires), on peut parler de « ces livres qui nous construisent ».

Comme vous avez peut-être pu le constater sur le blog de « Je n’aime pas l’école », je m’intéresse aussi à la littérature jeunesse et à son écriture.  Le livre est, à mon sens, très utile pour aider nos enfants à grandir au quotidien.

Au travers de mes propres souvenirs, je vais vous raconter ce que deux ouvrages m’ont apporté. Puis, vous retrouverez quelques pistes pour vous aider à ouvrir votre enfant à la lecture.

Ce billet est aussi l’occasion pour vous de me connaître un peu plus. Vous pourrez porter, peut-être, un autre regard sur le livre jeunesse et vous souvenir des lectures de votre enfance.

Mes premiers souvenirs des livres de mon enfance…

Si on me demande quels livres m’ont marqué dans mon enfance, deux livres me reviennent particulièrement en mémoire : “Les malheurs de Sophie” de La Comtesse de Ségur et “Dauphin mon cousin” de Robert Stenuit.

Je devais avoir neuf ou dix ans lorsque j’ai lu « Les malheurs de Sophie ». C’est une voisine qui m’avait donné ce livre car elle me gardait chez elle et je n’avais rien apporté pour m’occuper.

Livre enfance- Les malheurs de Sophie

Je me souviens…

« La couverture est rose vif. L’illustration semble très ancienne. Je sens l’odeur caractéristique des vieux livres. La maison aussi avait une odeur particulière : l’odeur de la poussière.

Nous sommes un matin, peut-être au printemps car j’aperçois un rayon de soleil malgré un vent frais. Ma voisine me surveille car mes parents travaillent. Je suis assise sur une chaise près de l’entrée et j’entrevois le jardin qui donne directement sur la route. Tout en lisant le livre, j’entends les voitures passer et le bruit des klaxons dans un brouhaha perpétuel. Je ne vois aucune fleur dans le jardin. La personne qui me garde reste assise toujours au même endroit en face de sa mère, très âgée. Elle a les cheveux blancs et semble inerte. Elle ne parle pas. Elle porte sur elle un vieux châle blanc cassé comme on n’en voit plus aujourd’hui.

Les couleurs dans la maison sont ternes. J’entends quelqu’un marcher au premier étage, je ne sais pas de qui il s’agit et je ne l’ai pas vu de la matinée. Je me sens « ailleurs » et je n’arrive pas à me concentrer sur la lecture de mon livre. C’est un livre broché avec des illustrations en noir et blanc. Le papier est jauni. Il y a trop de textes et pas assez d’images à mon goût. Les phrases sont trop longues et s’emmêlent dans ma tête. J’ai hâte de rentrer chez moi ».

Ce livre et notamment la couverture a suscité des souvenirs qui ne sont pas liés à l’histoire en tant que telle mais au contexte dans lequel je l’ai lu : ma voisine qui m’a donné ce livre et une période précise lorsque j’étais gardée par cette vieille dame.

J’étais plus âgée lorsque j’ai lu le livre « Dauphin mon cousin ».

J’étais très intéressée par les animaux, notamment par l’intelligence du dauphin et de ses relations avec l’homme.

Je crois que l’on m’a donné ce livre. Je devais avoir quinze ou seize ans :

Livre enfance-Dauphin mon cousin

« Je suis dans le garage aménagé comme ma chambre. Il s’agit d’une petite pièce avec des étagères en face de l’entrée. La pièce sent encore un petit peu l’essence, car la voiture familiale était garée dans cet espace.

Je me souviens en train de feuilleter le livre de poche. Sur la couverture, le dauphin semble me sourire. Je suis pressée de le lire car je suis impressionnée par cet animal dit « intelligent ».

Le garage donne sur une cour près d’une route principale. Je n’entends rien, même pas les voitures passer. Ma chambre baigne dans un calme absolu.

Je suis assise sur mon lit. Je m’imagine communiquer et nager avec les dauphins dans une eau translucide. Je me dis que j’envie ce sentiment de liberté et cette capacité à vivre avec ses congénères et même avec les humains.

J’ai du mal à commencer à lire. J’ai envie d’en savoir plus. Le début du livre me semble interminable et difficile à lire.

Je suis un peu frustrée car la partie du livre qui m’intéresse vraiment est à la fin ».

Je ne me souviens plus clairement du contenu du livre. Ce livre me rappelle mon intérêt pour les documentaires et notamment le dauphin.

… et ce que les livres de mon enfance m’ont apporté

J’avais peu accès au livre dans mon enfance. Je lisais au gré des livres qui me « tombaient sous la main ». Autant dire que mon contact avec la lecture était très sporadique.

Les livres que l’on m’a donnés, ont suscité mon envie de lire et d’apprendre, toutefois, avec une certaine frustration. Par exemple, les livres ne correspondaient pas à mon niveau ou à mes centres d’intérêts comme « Les malheurs de Sophie ».

Je crois que j’étais aussi consciente de l’importance de lire mais je ne savais pas vers quoi et comment m’orienter pour choisir les ouvrages qui m’auraient interpellé.

C’est bien plus tard, que j’ai pu vraiment combler ce manque.

Aujourd’hui, je me sens à la fois proche et éloignée de ces souvenirs. Proche dans le sens où j’aime apprendre sur un sujet comme dans le livre « Dauphin, mon cousin » et aussi, finalement, sur soi-même.

Eloignée, car le livre jeunesse peut aussi raconter une histoire. Ce que je n’ai pas trouvé dans « Dauphin mon cousin ».

Livre enfance-Raconter une histoire

En effet, je pense que l’on peut apprendre énormément grâce au livre, sur le monde et sur soi. En fait, J’aime aussi les livres qui sont à la fois des documentaires et des histoires.

J’apprécie les livres jeunesse dans lesquels, par exemple, le lecteur s’imprègne d’un contexte historique tout en imaginant la vie d’un personnage. L’idée étant que l’enfant soit baigné dans l’atmosphère d’une époque particulière et qu’il s’évade.

Une belle histoire avec une « belle » écriture, permet non seulement à l’enfant de se mettre à la place du personnage, de ressentir ses émotions en quelque sorte de façon harmonieuse, mais aussi de « vivre » avec l’époque dans laquelle se déroule la scène.

Je suis très intéressée par la littérature jeunesse, sans doute aussi parce que j’ai des enfants. Je pense que les livres peuvent beaucoup apporter comme le rêve, le développement de l’imagination ou toute autre forme d’apprentissage.

En relisant les souvenirs de lecture de mon enfance, je me rends d’autant plus compte de l’importance des illustrations et notamment sur la couverture.

Celles-ci, à mon sens, doivent être belles et explicites par rapport à son contenu. Elles doivent donner envie de lire le livre. Par conséquent, il peut être intéressant de voir la réaction de l’enfant lorsqu’on lui présente la même histoire avec deux ou trois illustrations différentes en couverture.

Le moment où l’enfant lit le livre est important. Par exemple, c’est plus le contexte dans lequel j’ai feuilleté « Les malheurs de Sophie » qui m’a marqué que le livre en soi. A mon avis, lire un livre à la bibliothèque ou encore sur son lieu de vacances ne suscitent pas les mêmes impressions ou ressentis.

Livre enfance-vacances

Si je devais écrire pour la jeunesse, je pense que j’aurais entre sept et onze ans. Je viens d’entrer dans « l’âge de raison » et suis curieuse, avide d’apprendre en me « mettant dans les chaussures de quelqu’un d’autre ».

Bref, un enfant qui écrit aux enfants.

Comment les ouvrir au monde du livre dès leur plus tendre enfance ?

Comme je vous l’indiquais précédemment, 14% des enfants ne lisent jamais et nombre d’autres ne le font que par obligation scolaire.

Comment lutter contre l’envahissement des écrans dans la vie de nos enfants et comment leur faire retrouver le chemin du livre ?

1 – les sensibiliser dès leur plus jeune âge au travers de la lecture du soir.

Cela peut paraître anodin, mais la lecture du soir est le premier acte de mise à disposition des livres auprès de nos enfants. C’est un rituel précieux et qui, pourtant, tend à se perdre : une étude réalisée au Royaume Uni montre que de 2013 à 2018, la proportion des enfants britanniques de moins de 5 ans ayant droit à une histoire le soir avant de s’endormir a chuté de 69 à 51%.

Corinne Ehrenberg, psychanalyste et directrice de l’Usis (Unité des Soins Intensifs du Soir), explique l’importance de la lecture des histoires aux enfants : « Il ne s’agit pas de lire une histoire à son enfant uniquement pour tisser le lien affectif, il importe surtout de donner l’exemple du plaisir lié à la lecture et aux histoires qui nourrissent l’imaginaire. La dimension de plaisir partagé entre l’adulte qui lit et l’enfant qui écoute rend aussi le fait de lire désirable pour l’enfant. Un jour, il pourra, de façon autonome, retrouver ce plaisir. Si l’adulte qui lit l’histoire n’est pas trop éloigné du souvenir du plaisir enfantin qu’il avait lui-même pris, alors l’enfant y sera sensible » (source : LCI).

Le rituel de « l’histoire du soir » sert plusieurs objectifs :

  • Il rassure l’enfant avant le moment de la séparation avec l’adulte pour dormir,
  • Il crée un « temps calme » propice à un meilleur endormissement,
  • Il ouvre l’enfant au livre comme objet de plaisir (intérêt des histoires, source de découvertes nouvelles, beauté ou humour des illustrations, partage avec l’adulte, …),
  • Il crée des souvenirs familiaux et tisse des liens adulte-enfant,
  • Il favorise l’imaginaire et améliore la créativité,
  • Par ricochet, Il donne envie à l’enfant de lire.

Les lecteurs de cet article on aussi lu Les jeux des Alphas, Montessori, Borel-Maisonny : Quelle méthode pour apprendre à lire ?

2 – Rendre le livre accessible facilement

Pour que l’enfant puisse apprécier le livre, encore faut-il qu’il puisse l’avoir facilement à disposition. Cela peut paraître évident, mais nous n’avons pas toujours ce réflexe.

Pour cela, assurez vous que votre enfant a toujours quelques livres à disposition dans son environnement (chambre à coucher, salle de jeux). Ne les cachez pas. Bien au contraire, mettez-les clairement en évidence. Et si vous avez la place, n’hésitez pas à créer à votre enfant une (petite) bibliothèque à laquelle il peut (très facilement) accéder. Et cela … même s’il ne sait pas encore lire.

Manipuler, regarder les images, c’est cela qui créera chez l’enfant sa proximité avec l’objet livre qui perdra son côté sacralisé (et rébarbatif) et le transformera en compagnon ludique de la découverte du monde.

Dès 2 ou 3 ans, amenez aussi régulièrement votre enfant à la bibliothèque municipale. Deux bonnes raisons à cela :

Livre enfance-bibliothèque
  • Vous ne pouvez pas acheter tous les livres,
  • En faisant la démarche d’amener votre enfant à la bibliothèque, vous faites sortir la bibliothèque du simple cadre scolaire (donc parfois vu par l’enfant comme obligatoire et rébarbatif) pour le transformer en lieu de joie et de découverte.

Par cette démarche, vous contribuerez ce qu’en grandissant, l’enfant ait le réflexe d’aller à la bibliothèque et de lire des livres pour se divertir.

3 – N’imposez pas le livre, il doit s’imposer de lui-même

Sauf, bien entendu, à ce que le contenu soit manifestement inapproprié à l’âge de l’enfant, n’imposez pas des livres à votre enfant même si on les lui a offerts. Laissez-le choisir en fonction de ses goûts et au gré de ses envies.

De même, le soir, il n’est pas obligatoire de lire des livres qui « racontent une histoire ». Si votre enfant est fan des pompiers, de la préhistoire ou des animaux marins, vous pouvez tout aussi bien lire avec lui des livres documentaires sur le sujet. Ce sont aussi des supports d’échange parent-enfant très riches (attention, vous risquez de devoir répondre à des tas de questions J) et qui, en plus, développent les connaissances de votre enfant.

Les lecteurs de cet article ont aussi lu Comment créer un musée de la découverte chez soi grâce au livre documentaire ?

En le laissant choisir, vous contribuez à faire du livre un objet d’envie et, en même temps, vous rendez votre enfant plus autonome dans ses choix.

  • L’enfant est, par nature, un imitateur de ce qu’il voit autour de lui. Un enfant qui verra ses parents lire sera plus enclin à le faire ;
  • Pour les plus jeunes, l’objet livre papier est plus approprié que la liseuse (qui pourra être introduite bien plus tard) ;
  • Parler avec votre enfant des livres qu’il a lu (ou que vous lui avez lus) et le faire réagir par rapport à cela, est aussi un excellent moyen de rendre le livre attractif en tant que vecteur de partage social.

Comme vous avez pu le constater dans mon témoignage, ce n’est pas forcément parce que le livre est quasi absent dans l’enfance que l’adulte le niera complètement.

Néanmoins le contact du livre dès le plus jeune âge contribue au développement de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra. Il est dommage de passer à côté de cette grande richesse que représente le livre qui peut être, de plus, très facile d’accès et économique.

Maintenant, c’est à votre tour ! Repensez aux livres que vous avez lus dans votre jeunesse. Réfléchissez à l’influence qu’ils ont eu sur la construction de l’adulte que vous êtes devenu.

Et si vous vous en sentez le courage, n’hésitez pas à partager votre ressenti en laissant un commentaire.

Vous pouvez aussi suivre l’actualité de ce blog sur la page Facebook de « Je n’aime pas l’école ».

Enfin, si vous avez apprécié cet article, n’hésitez pas à le partager !

Et quoiqu’il en soit, bonnes lectures … J

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3 Replies to “Lire et grandir : ces livres de notre enfance qui nous construisent”

  1. Bonjour et merci pour cet article !

    Effectivement mes enfants adorent que je leur lise des histoires, le soir et également dans la journée. Je les trouve plus disponibles parfois dans la journée que le soir, ils se disputent moins sur le choix du livre… sont moins fatigués.
    Lorsque nous allons à la bibliothèque c’est un moment de choix pour eux mais également de lecture. Nous lisons facilement une demi-heure (quand je dis nous, c’est moi qui fait la lecture).

  2. Bonjour
    Je suis intéressé par votre site, que je trouve très intéressant et utile, seriez-vous d’accord que je mette votre lien sur mon site http://www.osenetre.be ( dans la rubrique liens utiles ) afin de le faire connaitre, ayant dans mes contacts des enseignants et beaucoup de parents je pense que cela pourrait les intéresser. Si vous êtes d’accord nous pourrions donc faire des échanges. En attendant, je vous remercie du plaisir que j’ai eu à parcourir votre site. Bien à vous. Courtois Christian

    1. Elisabeth Vitrani says:

      Bonjour Christian,

      Merci pour l’intérêt que vous portez à mon blog dont l’objectif est de donner des pistes aux parents pour aider leur(s) enfant(s) à apprendre. Vos remarques me font très plaisir car mon blog se veut très concret et pratique pour apporter des informations, j’espère de qualité, aux parents ou à toutes personnes impliquées dans le parcours d’apprentissage des enfants.
      Pour ce qui concerne la mise en place de lien, vous pouvez me contacter directement à l’adresse mail suivante : elisabeth-vitrani@jaimepaslecole.com.
      Cordialement
      Elisabeth

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