9 règles pour améliorer le dialogue enfant-parent avec la Communication Non Violente

« Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » : Introduction à la communication non violente” de Marshall B. Rosenberg.

Comme indiqué dans le titre, ce livre traite de la communication non violente ou CNV qui a pour vocation de contrer la violence sous toutes ses formes, physiques ou morales et notamment dans le cadre du dialogue enfant-parent.

La communication non violente est une forme de communication tournée vers soi et vers les autres, plus humaine et authentique.

La CNV s’apprend comme on apprend une langue. Son apprentissage nécessite de l’entraînement car elle implique une “nouvelle manière de voir les choses.” En effet, notre culture nous a conditionné au jugement et à l’évaluation. Les systèmes de notation en sont un bon exemple.

Pour appliquer la CNV, je suis attentif à mes perceptions, mes sentiments et mes besoins plutôt que de me concentrer sur le “qu’en dira-t-on’. Les jugements et critiques que l’on impose à soi-même et aux autres sont préjudiciables car ils nous empêchent de nous tourner vers l’avenir et de progresser.

Dialogue enfant-parent-CNV

1ère Règle : Eduquer avec la communication non violente c’est d’abord se connaître soi-même pour comprendre l‘autre

1.J’observe – 2. Je ressens – 3. J’identifie mes besoins – 3.Je fais une demande

Dans le cadre d’un dialogue enfant-parent, pour communiquer avec la CNV, je me pose les questions suivantes :

1) De quelle manière j’observe ce qui m’entoure ? Est-ce que je suis en train de juger ou de critiquer ? Suis-je bienveillant c’est-à-dire est-ce-que je veille au « bien » de mon enfant ?

2) Qu’est-ce-que je ressens ? Quelles sont mes émotions ?

3) De quoi ai-je besoin pour me sentir mieux ?

4) Pour me sentir mieux et pour que mes besoins soient satisfaits, ai-je besoin de faire une demande à une ou plusieurs personnes ? Pour être comprise, ma demande est précise et concrète.

De même je peux me poser ces mêmes questions vis-à vis de l’autre :

1) De quelle manière observe-t-il ce qui l’entoure ? Emet-il un jugement ? Une critique ? Est-il bienveillant ?

2) Que ressent-il ? Quelles sont ses émotions ?

3) De quoi a-t-il besoin pour se sentir mieux ?

4) Pour qu’il se sente mieux et que ses besoins soient satisfaits, quelle est sa demande ?

Toutes ces questions ne s’imposent pas “naturellement” dans nos dialogues quotidiens avec notre enfant. Une réelle volonté d’introspection personnelle est nécessaire. Bref, la première clé pour une communication non violente efficace, c’est de prendre le temps de bien se connaître et de bien comprendre son enfant. Même si les questions qui précèdent vous paraissent artificielles, faîtes l’effort de vous les poser. C’est un préalable indispensable pour tout ce qui suit.

2ème règle : Communiquer avec malveillance envers soi et vers les autres : Les formules à éviter

Il y a différentes formes de communication dites “malveillantes” :

– Le jugement moralisateur consiste par exemple à catégoriser, mettre des étiquettes : “Tu es intelligent” ;  “Tu es bête”;  faire des reproches : “Tu n’obéis jamais” ou “ tu fais toujours n’importe quoi”.

“Notre analyse d’autrui est en fait l’expression de nos propres besoins et sentiments”.

– Les comparaisons : “Tu es plus grand que…” ; “Tu es plus intelligent”

– Le refus de prendre sa responsabilité : c’est forcément la faute des autres. Ce peut être un refus de sa propre responsabilité envers ses propres pensées lorsque l’on se dit : “il faut que”; “je dois” comme si une “force extérieure” nous impose de faire quelque chose.

Le refus de responsabilité nous permet de trouver de multiples excuses comme :

“Parce qu’il m’oblige à” ;

“A cause de la pression qu’il m’inflige” ;

“A cause de lui ” ;

“A cause du règlement” ;

Ce langage est adapté à un monde statique “c’est comme cela et ce n’est pas autrement”, alors que le monde est en constante évolution comme nos enfants d’ailleurs et … heureusement.

De même les exigences, les punitions, les récompenses ou encore la soumission demandée à nos enfants sont une forme de communication malveillante et ne sont que l’expression détournée de nos besoins :

“Tu ne me comprends jamais” ne fait qu’exprimer que mon besoin d’être compris n’est pas satisfait.

4 possibilités pour entendre un message négatif :

1) Accepter le jugement de l’autre avec les risques de se culpabiliser, de ressentir de la honte et une diminution de son estime

2) Rejeter la faute sur l’autre : “Quand tu as de mauvaises notes à l’école, cela nous fait de la peine (culpabilité).

3) Être attentionné à ses sentiments et ses besoins

4) Être attentionné aux sentiments et aux besoins de l’autre

Bien évidemment, les formes de communication malveillante sont légion et doivent, autant que faire se peut, être évitées lors de vos dialogues avec votre enfant. En effet, elles sont susceptibles de marquer l’enfant sur le long terme dans son développement. Le problème est qu’on ne s’en rend parfois même pas compte. Il faut donc en prendre conscience et essayer autant que possible de les exclure de votre dialogue. Ce n’est pas toujours possible : dans certains cas, même avec la meilleure volonté du monde, vous pourrez « lâcher » une formule malencontreuse. Ce n’est pas grave. C’est la répétition qui est néfaste, pas une phrase lancée ponctuellement. Soyez indulgent avec vous-même.

3ème règle : Eduquer avec la communication non violente c’est observer et être factuel

En CNV, l’observation fait intervenir tous nos sens : la vue, l’ouïe, le toucher à un moment et dans un contexte précis et sans évaluation.

Par conséquent, lors de nos dialogues avec notre enfant, nous lui mentionnons ce que nous observons concrètement et précisément sans évaluation :

Par exemple : “Quand je vois que tu ne ranges pas ta chambre”, plutôt que “Tu es désordonné” ; “Je n’arrive pas à déchiffrer ton écriture”, plutôt que “Tu écris très mal”.

De même les mots comme “Comme d’habitude”, “toujours”, “jamais”, “tout le temps”, “chaque fois” suivi d’une évaluation sont à bannir de notre vocabulaire. Par exemple : “Comme d’habitude tu es désordonné” ou “tu écris toujours très mal”. Autant dire que si ces propos sont utilisés façon répétitive, ils peuvent altérer l’estime de soi de nos enfants.

Soyez factuel : qualifiez l’action de votre enfant pas votre enfant lui-même et évitez les formules qui pérennisent son comportement dans le temps (toujours, comme d’habitude, …). Votre enfant prendra mieux conscience qu’il a fait une erreur mais se sentira pas pour autant « marqué au fer rouge » pour le restant de ses jours comme un être désordonné, maladroit ou quel qu’autre qualificatif. Cela lui offre la possibilité d’apprendre et de s’améliorer plutôt que de développer la croyance négative qu’il a un défaut contre lequel il ne peut de toute façon rien.

4ème règle : Soyez précis et exprimez vos sentiments

Comme nous l’avons vu pour l’observation, les sentiments sont d’autant mieux compris, s’ils sont clairs et précis. En effet, rester “vague” ne facilite pas la compréhension. Par exemple dire que “je vais bien ou mal” n’est pas très précis. Que signifie bien ou mal ?

Il est intéressant de distinguer ses pensées de ses sentiments, ce qui n’est pas la même chose. Par exemple lorsque je dis “je suis incomprise” ne traduit pas un sentiment mais une pensée : je pense que je ne suis pas compris par les autres”. “Je me sens nul” traduit une pensée : “je pense que je suis nul”.

Par contre, si je dis “je me réjouis” ou “je me sens fière”, j’exprime un sentiment.

Enfin montrer sa vulnérabilité peut nous aider, car la vulnérabilité illustre une forme d’humanité.

5ème règle : Identifier vos besoins et exprimez les clairement

Il ne faut pas confondre l’élément déclencheur et la cause de nos émotions. Romain n’a pas rangé sa chambre. Je suis en colère. Le fait que Romain n’ait pas rangé sa chambre est l’élément déclencheur. La phrase que l’on dirait naturellement est : “Je suis en colère parce que tu n’as pas rangé ta chambre”. Lorsque je dis cela, je ne suis pas responsable de mes sentiments car j’accuse l’autre.

Si nous reprenons ce que nous avons vu précédemment, la tournure suivante : “Quand je vois les papiers par terre, je suis en colère parce j’aime avoir une maison ordonnée” est plus appropriée en CNV.

Toute de suite ces paroles sont perçues différemment par l’enfant et par conséquent une riposte de sa part est moins probable. Le dialogue enfant-parent devient plus fluide et moins chargé en émotions.

6ème règle : Eduquer avec la communication non violente c’est faire une demande claire et précise

Je fais une demande d’action claire et précise accompagnée de l’expression de mes sentiments et de mes besoins : « quand je vois les papiers traînés par terre, je me sens en colère parce j’ai besoin d’une maison rangées, peux-tu les ramasser s’il te plait ? »

Il est possible de demander à son enfant, s’il a bien compris le message, s’il est clair ; ou de lui faire reformuler selon le contexte ou la situation pour vérifier si ma demande est claire. Je peux remercier l’enfant pour son effort de reformulation.

Une demande est perçue comme une exigence si l’enfant a peur d’une critique, d’un jugement ou d’une punition s’il “ose” exprimer un refus.

“Plus un individu a été critiqué, puni ou culpabilisé pour ne pas s’être plié à la volonté d’autrui, plus il risque d’en porter la trace dans toutes ses relations et d’entendre une exigence dans la moindre demande”.

A l’inverse, une demande est perçue comme “une vrai demande” si le demandeur s’exprime et réagit avec empathie en cas de refus.

Plus l’enfant est petit, plus la demande doit être précise. Pour un enfant de 3 ans, ranger ne veut rien dire. Il faut être beaucoup plus précis comme « ramasse tes crayons est met les dans la trousse » ou « ramasse tous les papiers qui traînent par terre et met les à la poubelle », etc.

7ème règle : Communiquer avec la communication non violente : l’empathie est primordiale

Eduquer avec la Communication Non Violente

Exprimer de l’empathie pour quelqu’un est une façon d’être. Il s’agit d’une présence, une capacité à comprendre l’autre.

L’approche empathique est exempte de préjugés, de jugements ou de toutes formes de communication malveillante. L’écoute est primordiale sans conseils, opinions ou étalage des ses propres sentiments.

Ainsi, les verbes suivants ne sont pas “empathiques” : Consoler, Compatir, Expliquer ou encore Corriger.

L’idée est d’écouter les 4 composants c’est-à-dire que j’observe les faits, ses sentiments, ses besoins et sa demande sans se soucier de ce qu’il pense de moi.

Une autre approche consiste si nécessaire et pour plus de compréhension, de lui répéter à la forme interrogative ce que votre enfant observe, ses sentiments, ce qu’il ressent et sa demande sans oublier d’exprimer ses propres sentiments et besoins qui nous à mène à poser la question.

Il n’est pas possible d’être empathique avec les autres si on ne l’est pas avec soi-même c’est-à dire que je ne me juge pas suite à une erreur de ma part et que je m’évalue uniquement pour apprendre. Les tournures de type “je dois”, “il faut” ou “j’aurais dû savoir” me font perdre du temps et m’empêchent de progresser car dans ce cadre je n’ai pas le choix. Je transforme “Je dois” en “je choisis”. “Le comportement le plus dangereux de tous consiste à faire des choses parce qu’on est censé le faire” Je suis conscient de mes jugements intérieurs et je porte avant tout attention à mes besoins qui les sous-tendent. Je suis bienveillant avec moi-même.

Je n’agis ni par devoir, ni pour une récompense ou encore pour échapper à la culpabilité ou à une sanction.

Que permet l’empathie ?

Exprimer de l’empathie permet de faire émerger chez l’enfant toutes ses capacités : “plus nous écoutions les élèves, meilleurs étaient leurs résultats”.

De plus être attentif aux sentiments et aux besoins de l’enfant me permet d’être plus authentique même s’il est plus difficile d’exprimer de l’empathie avec ses proches qu’avec des personnes “plus éloignées”. Elle évite d’irriter son enfant en exprimant le “mais” qui fâche.

Pour notre bien-être, accepter un refus avec empathie m’évite de le prendre mal car je suis à l’écoute des besoins et sentiments de l’enfant et par conséquent je comprends ce qui le le motive à exprimer le refus. Je me mets au “même niveau” que lui et je facilite les échanges avec lui.

Aussi, je peux exprimer de l’empathie envers un enfant qui ne parle pas. Cette empathie, visible de par notre comportement et tout aussi bénéfique.

Pour résumer, être empathique ce n’est pas verser dans un sentimentalisme à outrance. C’est essentiellement écouter l’autre lors d’un dialogue (en l’occurrence, votre enfant) sans le juger et sans renier ses propres sentiments ou principes. Par exemple, si votre enfant fait une crise car il veut un bonbon et que vous ne voulez pas le lui donner, répondre avec empathie sera une formule comme « Je comprends ta colère car les bonbons tu trouves cela très bon et tu trouves injuste que je t’en prive. Les bonbons sont mauvais pour les dents et je ne souhaite pas que tu ais mal aux dents et donc je considère que tu ne dois pas en manger trop ».

8ème règle : Le cas de la colère et l’usage de la force

Je gère ma colère en 4 étapes :

1) Je respire

2) J’identifie mes jugements qui me passent par la tête

3) J’identifie mes besoins

4) J’exprime mon sentiment (la colère) et mes besoins insatisfaits

J’utilise la force lorsque celle-ci est inévitable et dans un but de protection vis-à-vis de lui-même et des autres.

La force est souvent quotidiennement utilisé avec mon enfant dans un contexte répressif :

“Je pense que mon enfant agit par méchanceté et par conséquent il mérite une punition. Il doit comprendre son erreur en le faisant souffrir”. Mon objectif est qu’il se repentisse.

Donner une fessée montre à l’enfant que l’usage de la violence permet de résoudre les différends. “La peur du châtiment corporel empêche l’enfant de percevoir la bienveillance inhérente aux exigences des parents.”

Les autres formes de répression sont : les punitions, les restrictions (“tu es privé de télévision”), les étiquettes (“Tu es stupide”).

Je me pose la question : “Quelle motivation j’aimerais que mon enfant ait pour faire ce que je lui demande ?” avant d’agir.

En clair, évitez la colère et l’usage de la force. La force n’est justifiée que quand l’enfant est en réel danger ou quand l’enfant met en danger autrui. Dans tous les autres cas, apprenez a vous calmer (inutile de vouloir répondre immédiatement, faites une pause pour retrouver votre esprit) et privilégier la voie de l’explication plutôt que de la punition.

Là encore, c’est plus facile à dire qu’à faire. Ce qui est important c’est de comprendre la finalité d’une approche constructive et bienveillante, d’essayer de l’appliquer le plus souvent possible et de ne pas s’en vouloir si, ponctuellement, vous n’y arrivez pas.

9ème règle : Exprimer sa reconnaissance

Un compliment est souvent un jugement, dans le sens où je m’attends à un changement du comportement de l’enfant dans le futur.

Par exemple, féliciter mon enfant peut l’aider à travailler plus mais cette action risque d’être éphémère.

Pour remercier efficacement, il faut énoncer les 3 axes suivants :

1) Les faits qui ont contribué à mon bien-être

2) Mes besoins que ces faits ou actes ont satisfaits

3) Ce que j’ai ressenti

Par exemple : Je me sens soulagée que tu aies ramassé les papiers par terre car j’aime avoir une chambre rangée.

De même lorsque je reçois un remerciement, je suis attentif à ces 3 critères :

1) Les actes qui ont contribué à son bien-être

2) Ses besoins qui ont été satisfaits

3) Son ressenti

Pour conclure, la communication non violente est une communication tournée vers soi et vers les autres. C’est une technique utile lors du dialogue enfant-parent qui nécessite une bonne connaissance de soi et de son enfant.

Comme nous l’avons vu la CNV a 4 composantes :

1) Le ou les faits et seulement les faits

2) Le ressenti

3) Le besoin

4) La demande

Ces 4 composantes sont valables pour nous et aussi pour nos enfants. En effet, il est important de leur apprendre à :

– Être factuel

– Exprimer leurs émotions

– Être attentif à leur besoin

– Exprimer une demande claire et précise

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